Le manifeste jungien, par Nicolas Bornemisza

UN MANIFESTE JUNGIEN
Version II

Une réalité d’importance fondamentale cachée ou ignorée finira par se manifester, par s’imposer.

Contenu :

L’objectif

La motivation

L’apport de Jung

L’accès à Jung

La résolution

Notes (citations)

L’objectif

 

Si l’être humain accède aux informations concernant ses potentialités latentes, il peut vivre d’une manière plus saine, plus digne, plus paisible, plus créatrice.

 

L’objectif de ce manifeste est de fournir aux personnes non averties cette sorte d’information pertinente qui pourrait leur permettre de mieux réussir leur vie.

L’information ici proposée pourrait – entre autres bénéfices –

  • aider à guérir un grand nombre de maladies dégénératives, telles que l’arthrite ou le cancer

  • faire éviter une partie considérable des problèmes psychologiques aliénants

  • réconcilier des cas innombrables de tensions relationnelles désastreuses

  • prévenir des tueries, des carnages, des holocaustes inconcevables

  • freiner la destruction effrénée de l’environnement

  • dénoncer les causes de la haine raciale et désamorcer les menaces de guerres totales

  • prévoir des mesures dynamiques et réalistes en vue de surmonter, bien graduellement, l’inconscience généralisée.

Considérer une telle série de bénéfices soulève inévitablement une réaction : cette proposition ne peut être rédigée que par un farceur ou par un aliéné. Il me faut pourtant, courageusement et avec opiniâtreté, promulguer ma thèse :

L’information qui permet les transformations précitées existe et peut devenir accessible à travers les découvertes et l’œuvre de Carl Gustav Jung.

Cette affirmation n’est aucunement ma découverte ou mon invention. Toute personne qui a sérieusement et honnêtement étudié l’œuvre de Jung sait que sa pensée s’élève au rang des grands précurseurs de l’humanité tels que le Bouddha, le Christ, Socrate, Galilée, Einstein, et plusieurs autres.

Comme l’affirme Edward F. Edinger, psychanalyste jungien et auteur prolifique :

« La psychologie jungienne est une révolution copernicienne, laquelle, pour la première fois, permet à l’humanité de voir la psyché autonome objectivement et d’apercevoir la voie à travers laquelle elle s’est manifestée à travers l’histoire. Elle apparaît dans les mythes, dans la religion, dans la philosophie, dans l’art, et de beaucoup d’autres manières. Aussi longtemps que quelqu’un s’identifie avec son inconscient (cette dimension intérieure), il ne sera pas visible. On doit trouver ce point d’Archimède à l’extérieur de cela (consciemment), de la même façon que Copernic, qui devait quitter la terre (en imagination) avant de découvrir que le soleil ne tournait pas autour de la terre. » [1]

 

Après Copernic, la compréhension du monde et de la destinée humaine ne sont plus les mêmes, et c’est également vrai pour Jung.

La motivation

 

« Aider les êtres à se retrouver dans leur âme n’est pas seulement une révolution humaine et médicale. C’est l’aventure qu’à travers toutes les autres l’être cherche depuis toujours. » [2]

 

Par rapport à l’existence et à l’importance de la psyché, il existe une nécessité vitale à combler. Cinquante ans après sa mort, Jung n’est pas encore vraiment enseigné dans les universités. La seule méthode jungienne à la disposition du public est la psychanalyse, processus coûteux qui prend des années à porter ses fruits. Dans ce sens, la pensée de Jung est réservée à une élite privilégiée. Or, pour que cette pensée révolutionnaire puisse vraiment être utile à l’humanité, il est indispensable qu’elle soit mise à la portée de l’être humain « ordinaire ». C’est à cette tâche immense que le présent manifeste tend à contribuer.

 

Sur un plan plus personnel, je peux rappeler un événement de ma pratique psychothérapeutique qui m’a encouragé à faire connaître la pensée de Jung :

Au cours de l’hiver 1990, une femme souffrant d’un cancer du sein est venue me consulter pour une seconde fois. Elle s’appelait Louise. En arrivant, elle s’est assise en face de moi, et sur un ton amical et enthousiaste, elle s’est adressée à moi de la façon suivante : « Nicolas, il y a quelque chose que je ne comprends pas dans votre méthode. Vous me parlez de l’importance de l’Inconscient dans le processus de ma guérison. Tout cela me semble abstrait, nébuleux ; franchement je ne sais pas quoi penser de la méthode que vous me proposez. Mais s’il est vrai qu’il y en moi un Inconscient qui est capable de me tuer ou de me guérir, dites-moi alors, s’il vous plaît, pourquoi durant toute ma vie je n’en ai jamais entendu parler ? »

 

Les propos de Louise sont restés pour moi une source d’inspiration et de motivation. Ils m’ont rappelé que la plupart d’entre nous n’avons jamais entendu parler de cette dimension de notre être qui influence pourtant nos destinées plus que n’importe quoi d’autre. À la suite de cette rencontre avec Louise, je me suis rendu compte, encore plus qu’auparavant que dans notre culture l’inconscient, la base même sur laquelle s’édifie notre existence personnelle et collective, est largement ignoré.

 

Privés de la connaissance de ce facteur déterminant pour nos destins individuels, nous sommes coupés de cette source incommensurable d’énergie, d’information et d’inspiration que représente la sagesse ancestrale contenue dans l’inconscient.

 

Les organisations qui visent à combattre le cancer prêtent et investissent d’énormes sommes d’argent pour trouver de nouveaux traitements de chimiothérapie, alors que toute personne bien renseignée sait aujourd’hui qu’une écrasante partie des cancers sont d’origine psychosomatique –  Il me semble plausible que si Jung était sérieusement étudié et enseigné à un large public, avec le temps nous pourrions vider au moins la moitié des hôpitaux. –

On sait aussi que les trusts religieux, philosophiques, politiques et économiques qui influencent et dominent les sociétés contemporaines n’ont aucun intérêt à ce que les individus accèdent à une conscience élargie. Sous leur influence, les universités et les médias de masse retiennent des informations primordiales, qui pourraient faire évoluer la société humaine. Je ne prétends pas que tous les patrons au pouvoir sont nécessairement des criminels – au contraire – mais je sais que malgré leur bonne volonté apparente, ils sont souvent incultes, inconscients et atteints par une volonté de puissance mégalomaniaque. C’est pour cette raison que les dirigeants de la terre attirent lors des rencontres au sommet des protestations désespérées qui dégénèrent souvent en violence insensée.

 

La télévision, outil par ailleurs prodigieux, devient aujourd’hui l’influence la plus destructrice par rapport à la conscience individuelle – Certaines émissions sont excellentes ! – mais dans l’ensemble, la télévision est un moyen privilégié pour rendre les téléspectateurs pareils à des moutons, à de véritables zombies. Les émissions policières innombrables sont plus particulièrement dommageables. Elles excitent et abrutissent les spectateurs par des suspenses factices, pervers et morbides. Par contre, la richesse culturelle incommensurable de l’humanité – qui est l’héritage légitime de chaque être humain – est très peu véhiculée par les programmes télévisuels. Alors que la publicité débile omniprésente mine imperceptiblement l’équilibre psychologique des humains. Elle les coupe, à la longue, de leurs instincts sains et les rend irresponsables. Elle vole aux gens des années de vie, avec le sentiment que de toute façon, la vie ne vaut pas mieux.

 

Mais il y a pire ! Le programme réalisé pour France 2, « Le jeu de la mort », attire l’attention sur la gravité d’une situation existante, et qui peut encore s’envenimer. Il s’agit là d’une situation fictive qui démontre comment des participants dans une série télévisée sont près à torturer jusqu'à la mort un autre participant si une belle et douce animatrice les encourage à le faire. Ce programme-recherche reçoit des attaques virulentes des producteurs cyniques et inconscients. Mais pour moi, « Le jeu de la mort » n’est qu’un premier effort de dénonciation d’une réalité tragique, que les chercheurs courageux finiront par mettre plus en évidence, tôt ou tard. [3]

 

Il y a aussi l’ordinateur, l’internet. Quelle invention phénoménale d’utilité, de culture, d’évolution. Cependant, les « vendeurs du temple » ont réussi à s’en emparer pour en faire une « vache à lait miraculeuse » avec leurs jeux mirobolants. Est-ce une entreprise irresponsable ou une action criminelle planifiée ? Qu’importe ! Le résultat, on le connaît : des millions de jeunes passent un temps fou de leur vie à s’enfermer dans des fantaisies démentielles, en fixant des images idiotes et en réagissant avec des gestes d’hébétement automatiques.

 

Le mensonge implicite le plus généralisé qu’on impose aux jeunes, c’est qu’on les a fait venir dans un monde fini où bien sûr la technologie peut évoluer à l’infini, mais l’ordre social ne peut être remis en question. Dans les institutions d’enseignement, on vise à former des techniciens-esclaves efficaces, mais sans leur permettre d’accéder à leurs potentialités intérieures. Dans toutes les communautés humaines antérieures à la nôtre, les aînés préparaient des rites de passage pour faire maturer les jeunes. Dans notre société, on les encourage plutôt à rester, selon la définition des jungiens, des « puer aeternus », « puella » pour les femmes, des adolescents éternels, enfermés dans des complexes maternels paralysants. À cause de cela, les enjeux politiques imminents sont généralement ignorés par les jeunes qui ne peuvent pas prendre la relève dans l’évolution inévitable du monde. Cela produit alors des individus frustrés qui, dans leur désespoir, vont massacrer des jeunes innocents qui cherchent en vain dans le brouhaha insipide des concerts un nouvel idéal de vie.

 

En énumérant ainsi quelques aberrations de notre système collectif, toujours en rapport avec la motivation du manifeste, il me faut signaler également l’omission que subissent les valeurs féminines. La libération de la femme, fort heureusement, continue à se réaliser à grands pas dans notre hémisphère occidentale. Mais notre monde est encore sous domination patriarcale et dans bien d’autres pays, la femme est toujours traitée d’une façon intolérable. Face à cela, la mise en commun des découvertes jungiennes pourrait efficacement contribuer à surmonter la peur ancestrale que la femme et l’homme ont de la nature vitale féminine. En effet, on sait aujourd’hui, grâce à Jung, que l’univers aussi bien que l’inconscient (et si on le préfère, l’âme) sont féminins. Il a dit déjà en 1927 :

« Dieu lui-même ne peut prospérer dans une humanité qui souffre de disette spirituelle. À cette faim, l’âme de la femme réagit, car c’est l’Éros qui unit là où le Logos sépare et clarifie. La femme d’aujourd’hui a devant elle une énorme tâche culturelle qui marque peut-être l’aube d’une ère nouvelle. » [4]

On sait que les disciples les plus proches de Jung étaient des femmes. Il les appelait « le matriarcat régnant ». Je dirais plutôt qu’elles sont les pionnières du nouveau paradigme spirituel, dont la plupart des prêtres sont déjà des femmes : Jean Huston, Marion Woodman, Marilyn Ferguson, etc.

 

Il y a encore une plaie fatale de notre monde occidental qu’il nous faut dénoncer. Il s’agit de la répression de la sexualité saine et naturelle. Depuis de longs siècles, les tyrans sadiques de la spiritualité occidentale imposent des commandements qui condamnent la sexualité libre, le plaisir, la joie, l’extase. Cette calamité cause des maladies graves nombreuses, mais aussi des symptômes psychologiques multiples – Oui, il y a aussi une libération indubitable. – Cependant, selon des sondages sérieux, près de 50% des femmes de l’Europe de l’Ouest ne peuvent atteindre l’orgasme. – Belle libération ! – Les révélations de Freud n’ont pas apporté de remède. La plupart des femmes mais également les hommes, vivent dans des frustrations et des tensions aliénantes. C’est l’œuvre de Wilhelm Reich, plus encore que celle de Freud, qui nous met en garde :

« Le contraste est frappant entre les sociétés matriarcales, où il n’y pas d’autorité centralisée et où la liberté sexuelle va de pair avec un type humain équilibré, sain et spontanément affable et, d’autre part, les sociétés patriarcales qui produisent des détraqués en réprimant la sexualité… La société engendre donc les penchants asociaux qu’elle condamne. Cela signifie qu’en changeant la société, on pourrait du même coup supprimer les conditions matérielles qui font de l’homme un animal pervers et cruel.

L’homme ne naît pas pervers, il le devient lorsqu’on le prive de ses satisfactions élémentaires… » [5]

Toutefois, les idées de Reich ne proposent qu’une sexualité déculpabilisée, épanouie pour améliorer la condition humaine. La pensée de Jung va bien plus loin. Pour lui, il n’y a pas de contradiction entre la sexualité bien vécue et les valeurs instinctives spirituelles de l’être humain. Pour lui, ces deux extrêmes sont naturellement complémentaires, ce qui dénonce une fraude et une hypocrisie religieuse millénaires. De plus, Jung insiste sur le fait que des relations humaines adéquates doivent s’ouvrir aux sentiments profonds, à l’amour véritable et à une nouvelle éthique incontournable.

 

Annoncer l’éthique révolutionnaire revient à un « élève » et collègue de Jung. Erich Neumann, en cherchant les mobiles de l’holocauste souffert par les Juifs, il publie (en allemand, dès 1949) « La Psychologie des profondeurs et une Nouvelle Éthique ». Il nous y explique :

« La demande principale de la nouvelle éthique n’est pas que l’individu soit « bon », mais qu’il soit psychologiquement autonome – c’est-à-dire, sain et productif – et qu’en même temps, il ne soit pas psychologiquement infectieux. »

 

Et Neumann encore, pour bien finir la section de la motivation :

« Le péril mortel qui confronte l’être humain moderne est qu’il peut être collectivisé par la pression des événements de masse, qu’il devienne le jouet des forces de l’inconscient, et finalement périsse dans la désintégration de sa propre conscience. La psychologie analytique de Jung va contrecarrer ce péril en enseignant le principe de développement vers la totalité à travers le processus d’individuation. Mais ce développement vers la totalité implique nécessairement une relation créative entre le côté sombre instinctuel de la nature humaine et le côté lumineux représenté par l’esprit (« mind ») conscient. On a besoin d’une nouvelle forme d’humanisme, dans lequel l’être humain va apprendre à se réconcilier avec soi-même et faire l’expérience de son côté sombre comme une composante essentielle de sa vitalité créatrice. » [6]

L’apport de Jung

 

Les découvertes de Jung établissent un paradigme révolutionnaire par rapport au fonctionnement psychologique de l’être humain. La compréhension de ses concepts,

de l’inconscient,

de l’inconscient collectif,

des archétypes,

des archétypes d’individuation (l’ombre, l’anima, l’animus, le Soi…),

de la projection et du transfert,

de la typologie psychologique,

de la synchronicité,

du processus d’individuation,

sont autant d’outils exclusifs pour explorer, pour comprendre le comportement humain.

 

Grâce à l’œuvre de Jung, le fameux « Connais-toi toi-même » retrouve aujourd’hui un nouveau départ et une nouvelle expansion. Il devient maintenant possible de redécouvrir et d’apprécier à leur juste valeur les préceptes de la sagesse antique à travers une grille de pensée tout à fait moderne et scientifique. Les dieux et les déesses resurgissent devant nous dans toute leur splendeur sous les traits des archétypes. La « surhumaine sagesse » des sphères divines devient accessible par le biais de la communication symbolique avec le monde intérieur démystifié : l’inconscient. En vérité, grâce au dialogue avec les dimensions transpersonnelles de la psyché, « les estropiés marchent et les aveugles voient ». Une révolution, une mutation de la personnalité humaine devient accessible pour le chercheur averti, courageux, discipliné et responsable.

 

Le pivot de la démarche est ce monde intérieur mystérieux que chacun de nous porte en soi. Les vieux maîtres de toutes les grandes traditions ont déjà largement exploré cette dimension humaine transcendantale. Ils savaient, et ils enseignaient, que la connaissance - mais surtout l'expérience - de cette réalité indéfinissable pouvait engendrer une transformation, un état dont l'influence permettrait de guérir des maladies et de soulager l'angoisse existentielle. Cependant, au cours des âges, ces enseignements originaux ont été dénaturés, pervertis par toute une caste de " continuateurs " incompétents et imbus de volonté de domination. En Occident, la recherche concernant les états supérieurs de la conscience a été généralement découragée, interdite, cruellement punie. Ceci a créé un conditionnement qui a mis la volonté humaine évolutive dans une véritable camisole de force. Il en résulte qu'en matière de connaissance de soi, nous sommes restés, en général, de véritables analphabètes. Ne sachant pas communiquer avec notre sagesse intérieure ancestrale, nous souffrons d'un manque aigu de sens, d'un sentiment d'infériorité que nous compensons par une violence de moins en moins bien camouflée et par toute une série d'activités compulsives.

 

C'est ici que Jung apporte un renouveau qui ouvre une nouvelle époque dans l'histoire de l'humanité. En premier lieu, Jung nous prévient de l'importance qu'ont, dans nos mondes psychiques personnels et collectifs l'influence des grandes religions, des mythologies, des contes de fée et les méthodes de recherche de transcendance telles que la gnose, le yoga, l'alchimie, etc. Il nous rappelle qu'il n'y a pas d'être sans racines, et que si notre héritage peut nous pétrifier par moment dans un conformisme stérile, il peut aussi nous servir de tremplin vers des horizons nouveaux. En se basant sur ce qu'il a trouvé de meilleur dans les traditions classiques aussi bien que sur les découvertes de sa propre pratique psychanalytique, Jung nous offre sa vision personnelle de l'être humain : « c'est un animal avec une grande âme ».

 

Deuxièmement, Jung revalorise les anciens moyens de communication avec l'intelligence intérieure : l'interprétation des rêves, la méditation imaginative, une certaine forme de médiumnité et les méthodes divinatoires basées sur le concept de la synchronicité telles que l'astrologie, le I-Ching, le tarot, etc. Grâce à Jung, ces diverses disciplines ne représentent plus des superstitions ridiculisées et condamnées, mais deviennent des voies privilégiées de la connaissance de la psyché.

 

Troisièmement, Jung nous fournit une sorte de géographie de l'âme en définissant les structures et les composantes de l'inconscient. Il démontre de quelle manière les noyaux d'énergie de l'inconscient collectif - les archétypes - se manifestent dans nos psychés individuelles, comment ils influencent nos destins et comment il nous est possible de les apprivoiser.

 

En fin de compte, Jung nous met en contact avec notre dimension illimitée et intemporelle, qui ne serait qu'utopie et chimère s'il ne nous enseignait pas, également, comment en faire l'expérience.

L’accès à Jung

 

S’initier, se faire initier, à la connaissance de l’œuvre de Jung – même si cela prend du temps – est relativement facile.

 

L’outil premier pour accéder à cette information pertinente est, bien évidemment, l’internet. On y rencontre Jung, ses collaborateurs principaux et les renseignements concernant les ouvrages à consulter. On y trouve également les instituts jungiens qui dispensent ces enseignements.

 

La lecture systématique et approfondie ouvre à l’intéressé – bien progressivement – un univers d’une sublimité incomparable. Je tiens à signaler que pour se familiariser rapidement avec les concepts principaux, il est préférable de lire ses collaborateurs plutôt que Jung lui-même (Marie-Louise von Franz, Robert Johnson, Marion Woodman, Edward Edinger, etc.).

 

Une façon intéressante d’explorer le monde jungien est de fréquenter les conférences qui ont lieu régulièrement dans les grands centres.

 

Les ateliers ou séries d’ateliers permettent une exploration pratique, plus dynamique que des concepts et des théories rencontrés au cours des lectures ou des conférences. On y apprend, entre autres, à interpréter les rêves ou les contes de fée. On peut y explorer sa typologie jungienne, on découvre les subtilités des événements synchronistiques (hasards significatifs), etc.

 

L’analyse des rêves est la pratique la plus directe pour se rendre compte que l’inconscient, l’intelligence intérieure, essaie de nous conseiller, de nous aider, jour après jour. La méthode jungienne est, de loin, la plus avancée pour comprendre les songes, mais la pratique exige une certaine connaissance du langage symbolique et de la fonction des archétypes.

 

L’art de communiquer directement avec les éléments de l’inconscient, Jung l’a appelé « imagination active ». Encore une dénomination insipide. Elle cache un savoir-faire que les grands yogis et les saints du passé ont pratiqué pour pleinement bénéficier de la sagesse transcendantale. On peut apprivoiser l’imagination active seul, grâce aux ouvrages indiqués sur l’internet, quoiqu’il soit préférable et plus sécuritaire d’y être initié par des formateurs compétents.

 

Ma méthode personnelle pour pleinement profiter des bienfaits de l’inconscient jungien, je la nomme le Yoga d’individuation. Dans cette démarche, chaque intéressé peut créer son propre yoga à partir des méthodes orientales et occidentales, telles que le pranayama, la méditation, l’analyse des rêves, l’imagination active, etc. En la pratiquant d’une façon disciplinée, cette approche peut amener son adepte à établir un partenariat avec l’inconscient et grâce à cela, régler graduellement ses problèmes existentiels les plus divers. Elle peut même l’aider à atteindre l’objectif des yogas traditionnels, qui est l’union avec « le Divin ». Ce but classique est appelé chez Jung l’établissement de l’axe moi-Soi, une coalition entre l’ego et la totalité intérieure, qui résulte dans un état d’éveil, une transfiguration grâce à l’élargissement de la conscience.

La résolution

 

Bien entendu, tout à fait indépendamment de Jung, chaque être humain de bonne volonté, courageux, engagé, peut apporter sa pierre à la construction d’un monde nouveau à partir de ses valeurs profondes personnelles. Toutes les grandes écoles spirituelles, philosophiques, artistiques, scientifiques recèlent des données inspiratrices incalculables pour appuyer l’action individuelle appropriée. Cependant, si quelqu’un veut seul faire sa part pour un monde plus juste, plus acceptable, plus rassurant, avec l’aide de ses intuitions et inspirations, il doit être informé des dangers et des potentialités inhérentes de son monde inconscient. Dans ce sens aussi, les universités, les écoles, les médias devraient se réveiller, se renseigner et corriger une lacune surannée invraisemblable.

 

Il nous reste à préciser que notre document ne vise pas à présenter Jung comme la panacée souveraine de tous nos maux bien connus. Ce genre d’idéal absolu n’existera – réalistement – probablement jamais. Cependant, pour éclairer la crise actuelle que vivent les êtres humains largement inconscients, la lumière apportée par Jung paraît indispensable.

 

Pour clore ce manifeste, je laisse les derniers mots aux autorités reconnues.

Erich Neumann :

« L’aspiration ultime de l’éthique ancienne était la division, la différenciation et la dichotomie… L’idéal de la nouvelle éthique, par ailleurs, est la combinaison des opposés dans une structure unitaire. De la multitude des forces conflictuelles, de la pluralité des contraires, une structure doit être construite, laquelle va combiner ces forces antagonistes, et dans laquelle la diversité multiple des paires d’opposés va être réunie dans un enlacement unitaire d’ordre supérieur. » [7]

Edward F. Edinger :

« Si ma compréhension du symbolique est juste, l’ère du Verseau va donner naissance à des porteurs d’eau individuels. La réalité numineuse de la psyché ne sera plus portée par des communautés religieuses – l’église, la synagogue, la mosquée – mais plutôt elle sera portée par les individus conscients. C’est ça, l’idée que Jung avance dans sa notion de l’incarnation continue, l’idée que les individus vont devenir des vaisseaux du Saint Esprit sur une base continue. » [8]

Gerhard Adler :

« Peut-être assistons-nous aujourd’hui à une course du destin entre les forces de destruction symbolisées par la bombe à hydrogène et les pouvoirs constructifs de la psyché, qui sont en grande partie encore latents et demandent à être éveillés. La psychothérapie pourrait avoir un jour un rôle vital dans ce conflit. Elle nous fournit un instrument qui, bien qu’apparemment mince et insignifiant, permet de transformer les forces de destruction en forces créatrices. » [9]

Et Jung lui-même :

« On pourrait laisser tout sans changement si cette nouvelle voie n’exigeait pas absolument qu’on la découvre et si l’humanité n’était pas en proie à toutes les plaies d’Égypte tant que cette voie nouvelle n’a pas été découverte. La voie non découverte est en nous. » [10]

 

Notes et citations

 

[1]           Edward F. Edinger, The New God-Image, Chiron Publication:

“Jungian psychology is a Copernican revolution which, for the first time, allows mankind to see the autonomous psyche objectively and to see the way it has manifested itself in history. It has manifested itself in myth, in religion, in philosophy, in art and much, much more. As long as one is in an identification with the objective psyche, of course, it is not visible. One has to find that Archimedean point outside of it before he can see it, similar to Copernicus, who had to transport himself off the earth before he could discover the fact that the sun did not revolve around the earth.”

 

[2]           Roland Cahen, préface à Dialectique du moi et de l’inconscient, par C.G. Jung, Éditions Gallimard.

 

[3]           « Le jeu de la mort », documentaire choc de France 2, de Gilles Amado, Thomas Bronot, Alain-Michel Blance. Écrit par Christophe Nick.

 

[4]           C.G. Jung, Problèmes de l’Âme moderne, Buchet/Chastel.

 

[5]           Wilhelm Reich, De ce que Reich a vraiment dit, par Michel Cattier, Marabout Université.

 

[6]           Erich Neumann, Depth Psychology and a New Ethic, Harper and Row:

“The principal requirement of the new ethic is not that the individual should be “good”, but that he should be psychologically autonomous – that is to say, healthy and productive, and yet at the same time not psychologically infectious… The mortal peril which confronts modern man is that he may be collectivised by the pressure of mass events, become the plaything of the forces of the unconscious, and finally himself perish in the disintegration of his own consciousness. The analytical psychology of Jung counters this peril by teaching the principle off growth towards wholeness through the process of individuation. But this growth towards wholeness necessarily involves a creative relationship between the dark instinctual side of man’s nature and the light side represented by the conscious mind. A new form of humanism is needed, in which man will learn to make friends with himself and to experience his own shadow side as an essential component of his creative vitality.”

 

[7]           Erich Neumann, Depth Psychology and a New Ethic:

“The ultimate aspiration of the old ethic was partition, differentiation and dichotomy, as formulated in the mythological projection of the Last Judgement under the image of the separation of the sheep from the goats, the good from the evil; the ideal of the new ethic, on the other hand, is the combination of the opposites in a unitary structure. Out of the multitude of conflicting forces, the plurality of the opposites, a structure has to be built which will combine these opposing forces, and in which the manifold diversity of the pairs of the opposites will be held together in the firm embrace of a supra-ordinated unity.”

 

[8]           Edward F. Edinger, The Aion Lectures : Exploring the Self in C.G. Jung’s Aion, Inner City Books:

“If my reading of the symbolism is correct, the aeon of Aquarius will generate individual water carriers. The numinous reality of the psyche will no longer be carried by religious communities – the church, the synagogue or the mosque – but instead it will be carried by conscious individuals. This is the idea Jung puts forward in his notion of a continuing incarnation, the idea that individuals are to become incarnating vessels of the Holy Spirit on an ongoing basis.”

 

[9]           Gerhard Adler, C.G. Jung et la Voie des Profondeurs, La Fontaine de Pierre.

 

[10]         C.G. Jung, Problèmes de l’Âme moderne, Buchet/Chastel.